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Le voyage du héros

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Dionysos, l'étranger intime

Dans un numéro hors-série de Nouvelles Clés intitulé “Le corps habité”, Paul Rebillot conte le mythe de Dionysos.

Sémélé, princesse de Thèbes rencontre dans la forêt un beau jeune homme et fait l'amour avec lui. Quand elle lui demande qui il est, il répond "Je suis Zeus". De retour chez elle, elle  raconte l'histoire à sa sœur qui ironise.

— C'est cela… Tu as trouvé dans la forêt un berger qui voulait faire l'amour, il t'aura dit qu'il était Zeus, et toi, tu lui tombe tout de suite dans les bras!

— Non, non, je t'assure, c'était Zeus!

Né de la cuisse de Zeus

À la suggestion de sa sœur, Sémélé retourne dans la forêt, retrouve le jeune homme et lui dit:

— J'ai une demande à te faire.

Il lui jure d'exaucer son vœu.

— Je veux voir ta divinité.

— C'est impossible, si je me dévoile, tu ne le supporteras pas, tu en mourras, je suis le Dieu du tonnerre et des éclairs!

Il cède finalement et se dévoile dans toute sa splendeur! Incapable de supporter cette vue, elle tombe raide morte…

Elle portait déjà son enfant, Dionysos. Il retire le fœtus de son ventre et le place dans sa cuisse à lui. Neuf mois après, à la naissance de Dionysos, Zeus confie l'enfant à quelqu'un, quelque part en Orient.

À cette époque-là à Thèbes, tout est très carré, très moral. Dionysos lui, est élevé dans un endroit étrange, mystique, magique. À quatorze ans, Dionysos a les cheveux longs, alors qu'à Thèbes, tout le monde les a très bien coupés, tel le roi Penthée, son jeune cousin qui a le même âge que lui.

La place qui lui revient

Dionysos revient à Thèbes, pour exiger des habitants la reconnaissance du lien de sa mère avec Zeus et pour y instituer son propre culte. Si on l'accepte, il poursuivra son voyage pour continuer à se faire reconnaître ailleurs.

Son culte est particulier : il tient en main un bâton avec de la vigne au bout, tandis que tous dansent autour de lui. Cette danse est en fait une transe, et elle transporte dans un autre monde.    

De retour à Thèbes, il entre dans le pavillon des princesses et se présente:

— Je suis Dionysos, fils de Sémélé votre sœur, et de caractère divin, car elle m'a conçu avec Zeus. Dansez ma danse mineure, et vous découvrirez en vous un lieu magnifique que vous ignorez. Refusez, et vous danserez ma danse majeure, qui vous fera sombrer dans la folie.

— Mais comme il est joli, ce petit biquet avec ses cheveux longs…  Allez va, mon mignon, passe ton chemin!


“Il place le fœtus dans sa cuisse à lui.”


“Si tu me vois,

tu en mourras!”

“Danse mineure…

Ou danse majeure?”

“Elles donnent le sein aux serpents et dévorent les lions.”

“Regardez ! Regardez ce que j'ai fait à ce lion !”

“Des conséquences dramatiques.

— Sauf si…”

La transe de Dionysos

Mais Dionysos possède un pouvoir magique et, soudain, voici ces femmes de haut rang qui arrachent leurs vêtements, et, dansant nues, s'en vont par monts et par vaux donner le sein aux serpents et tuer des lions qu'elles dévorent crus….

Au palais, personne ne comprend rien de ce qui se passe. Le roi Penthée ne décolère pas. Il a entendu parler d'un jeune homme aux cheveux longs, vêtu d'une peau de lion, entouré de femmes nues dansant autour de lui… Il ordonne son arrestation, on le lui amène.

Hormis la longueur de leur cheveux, les deux hommes se ressemblent comme des jumeaux. Comme précédemment, Dionysos propose à Penthée de le suivre dans la danse mineure, à défaut de quoi il dansera lui aussi la danse majeure.

La danse majeure

Le roi refuse et fait jeter Dionysos en prison. Peu de temps après, un tremblement de terre en détruit les murs et Dionysos s'échappe, à la grande fureur de Penthée. Dionysos apparaît et lui propose à nouveau de le suivre. Penthée s'obstine dans son refus. Dionysos s'attelle alors à le séduire. Il lui propose de venir voir ces femmes magnifiques qui dansent dans la forêt… Penthée est jeune et sensible au charme féminin. Succombant à la tentation, il accepte et, pour approcher sans se faire remarquer, se déguise en femme.

Dans la forêt, Dionysos invite Penthée à grimper au sommet d'un pin car, dit-il, si les femmes le remarquaient elles pourraient le tuer. Penthée grimpe donc tout en haut pour observer à son aise.

C'est alors qu'Agavé, sa propre mère, regardant en direction du pin, y distingue un lion et attire l'attention de ses compagnes.

La malédiction

Elles approchent de l'arbre, l'abattent , se précipitent sur Penthée, le tuent et le déchirent. Sa propre mère lui coupe la tête qu'elle empale sur un bâton et va courant à travers la ville en criant: “Regardez ce que j'ai fait à ce lion!” Sur son passage tous sont horrifiés. Son père réussit finalement à l'approcher et commence à lui parler : “Agavé! Regarde! Regarde la tête de ce lion…”.

Peu à peu, Agavé revient sur terre et, soudain, s'aperçoit que c'est la tête de son propre fils qu'elle porte au bout du bâton. Un hurlement atroce la déchire. Incapable de supporter ce qu'elle a fait, elle comprend alors que c'était là la malédiction de Dionysos.

Ainsi, l'être humain qui rejette un aspect, une partie de soi demeure incomplet. Comme le disait Jung, on peut tenir cet aspect à distance, mais plus on l'éloigne, plus son retour entraînera des conséquences dramatiques. Sauf si, comme le propose Dionysos, on saisit la possibilité de le reconnaître et de le faire sien.

P.R.



Aller plus loin

Extraits des Bacchantes, texte d'Euripide (billets de blog).



Numéro hors-série de Nouvelles Clés intitulé Le corps habité, publié en 1995

Image : Artiste non identifié

“Du haut d'un pin, Penthée observe les femmes en secret.”

Ressources

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