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gestalt mythes vitalité

Le voyage du héros

La gestalt selon Dick Price

Cet entretien, donné par Dick Price en 1995 à Esalen, explicite les partis pris qu'applique Tony Khabaz dans sa propre pratique de la gestalt.


C'est l'initiateur qui décide

“Ce à quoi Fritz se référait comme la relation entre docteur et patient, je préfère l'aborder en termes de réflecteur et d'initiateur. L'initiateur, c'est celui que l'on considérait comme 'patient'. Le réflecteur, lui, se borne à être présent et disponible pour refléter et tirer au clair ce qui émerge au fil du processus où est engagé l'initiateur. Je ne me réfère jamais à une idée prédéfinie de ce que cette personne devrait vivre. […] L'initiateur demeure  responsable de ce qu'il vit. […] C'est lui ou elle qui a le pouvoir de décision. […] L'initiateur agit, alors que le patient, pour moi en tout cas, est en recul et subit, tandis que c'est le thérapeute qui a un rôle actif. La thérapie cherche à agir. La gestalt que je pratique n'est pas de la thérapie: c'est une 'pratique'. Il ne s'agit pas, en temps que thérapeute, d'avoir un effet sur un patient. Il s'agit de ce que font ensemble deux personnes dans des rôles complémentaires. […] C'est une pratique qui a l'égalité pour base.”

Accueillir ce qui émerge plutôt que vouloir

changer

“La pratique de base consiste à être conscient de sa respiration, assumer la responsabilité de ce qui émerge, et se rendre disponible sans rien forcer, et sans rien attendre d'une intervention extérieure. […] Cela consiste à être en contact avec ‘ce qui est’ et à laisser les choses se faire plutôt que de chercher à les provoquer ou de les orienter vers tel ou tel but. […] C'est une pratique du contact, et non du changement. […] Il arrive qu'on souhaite résoudre un problème: on voudrait qu'il en aille autrement. Mais plus on tend vers cela, plus on s'obnubile sur le ‘pourquoi’ plutôt que sur le ‘comment’, plus on s'enferre et rien ne change. C'est un véritable paradoxe. On peut à l'inverse, comme en Aikido, laisser venir… et le changement se produit. En accueillant ce qui émerge et en restant en contact plutôt qu'en forçant les choses, on permet au changement de se manifester. [Ce qui compte avant tout], c'est l'ouverture à ce qui se passe plutôt qu'une stricte définition de ce que l'on devrait faire ou être.”

[…]

[Dans mon rôle de réflecteur] “Ce qui arrive est ce qui arrive. J'y réagis comme j'y réagis, avec pour seul but de refléter et de tirer les choses au clair […] [avec] le rappel constant à être concret, et présent à ce qui se passe. […] Mon rôle de réflecteur est de stimuler l'imagination de l'initiateur pour qu'il se centre sur le présent plutôt que sur le passé ou l'avenir. ‘Imagine que tu y es… Où es-tu? Que fais-tu? Que ressens-tu? Que font les autres?’

Un aspect significatif de la gestalt consiste à s'exprimer au présent. C'est aussi vrai dans le travail sur les rêves. Plutôt que de décrire un rêve ou de tenter de l'analyser, on entre dans les images pour se mettre à la place des divers composants, y compris les plus bizarres. On peut devenir un animal aussi bien qu'une maison mais, dans tous les cas, cela se passe au présent: on s'immerge et on vit cela de l'intérieur plutôt que d'en parler avec recul.

Un autre aspect [du rôle de réflecteur] consiste à vous inviter à maintenir le contact avec ce que vous préfèreriez éviter. Imaginons, par exemple, que vous éprouviez de la colère ou du ressentiment ou tout autre sentiment que vous préfèreriez ne pas ressentir. Dans un tel cas, je propose: ‘Et si tu te laissais pénétrer par ce sentiment?’ Et je laisse le choix. Vous pouvez décider de ne pas suivre cette suggestion, mais si vous choisissez de ralentir le rythme et d'entrer en contact avec ce que vous ressentez, vous pouvez découvrir, comme c'est souvent le cas, qu'une sorte d'auto-régulation se met en place. Ainsi, à supposer que vous vous sentiez triste, vous acceptez de pleurer… et pleurer résorbe votre tristesse. C'est un changement que vous avez rendu possible. Ce qui fait la différence, ici, c'est de ne pas chercher à vous soulager de votre tristesse mais, à l'inverse, de vous inviter à l'éprouver pleinement. Bien sûr, il n'y aucune garantie, et peut-être resterez-vous submergé de tristesse.”

L'essence de la gestalt

“Pour moi, l'essence de la gestalt, c'est : la présence, le choix, et la confiance. Avoir confiance en sa propre capacité d'autorégulation, à partir du moment où on est en contact avec ce que l'on vit et où on se donne le choix.”

“Dans mon rôle [de réflecteur], j'ai trois clés: faire confiance au processus, suivre le processus, et laisser venir. Autrement dit, faire place — et confiance — à ce qui émerge, et ne rien éluder.”

D.P.


Image : Artiste non identifié


“Une pratique du contact, et non du changement”


“Ce qui arrive est ce qui arrive, et j'y réagis comme j'y réagis”


“Je propose…

et je laisse le choix”


“Faire confiance au processus, suivre le processus, et laisser venir”


“Présence, choix, confiance”